L’analyse (ou psychanalyse) est d’abord une technique thérapeutique qui passe par la parole : un Analyste aide un Analysant (le patient) à comprendre son intériorité. Voyons cela ensemble.

Au delà de la conception de Freud et de ceux qui se revendiquent de lui, il s’agit donc d’une technique psychothérapeutique ancienne : Janet avait développé l’Analyse psychologique, dont le but était d’analyser la vie de la personne, analyser sa capacité d’action et ses symptômes, et lui permettre de réassocier au Moi ses fonctions dissociées. Cette pratique de cure par la parole est antique, prenant ses racines dans des pratiques philosophiques, religieuses et médicales : La psychologie, en tant que science qui s’attèle à la compréhension de la psyché, à la théorisation de son fonctionnement et des « maladies » mentales, et enfin à la création de techniques et procédés visant au soin, est issue de deux traditions : la philosophie d’une part, et la médecine d’autre part. Prenant ses racines dans l’antiquité, l’étude de la psyché fut d’abord réservée aux prêtres, aux médecins et aux philosophes.

On retrouve ainsi cette idée de soin par la parole au sein des traditions religieuses et philosophiques. L’idée de la maïeutique est ainsi éminemment psychanalytique : il s’agit, pour l’analyste d’aider l’analysant à accoucher de lui-même. La philosophie permet une réflexion sur le réel, sur soi et l’altérité ; elle nous enseigne aussi à nous prémunir des sophismes et manipulations. Elle est donc l’un des piliers qui soutiennent le raisonnement sous-jacent derrière l’analyse : le praticien cherche à être un biais par lequel l’analysé se découvre lui même. Le travail intérieur est toujours le seul fait de la personne, le praticien n’étant jamais qu’un soutien. La Philosophie est un travail de questionnement permanent : elle refuse les dogmes préétablis.

Analyse et paradis intérieur
Le Jardin des délices, Jérôme Bosch circa 1500

La Psychanalyse repose généralement sur l’idée de transfert. Le transfert est, d’après Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis dans le Vocabulaire de la psychanalyse “le processus par lequel les désirs inconscients s’actualisent sur certains objets dans le cadre d’un certain type de relation établi avec eux et éminemment dans le cadre de la relation analytique. Il s’agit là d’une répétition de prototypes infantiles vécue avec un sentiment d’actualité marqué.”.
Dans le cadre de la cure psychanalytique, tout un jeu de transferts (de l’analysant sur l’analyste) et de contre-transferts (de l’analyste sur l’analysant) permet d’appréhender les processus inconscients de la personne reçue. Si les freudiens considèrent le transfert comme pathologique, je suis l’avis de Jung pour ma part : ce processus est naturel dans toute relation humaine, et au sein de l’analyse il permet à l’analyste de comprendre l’analysant. Dans les non-dits, les associations libres, dans l’interprétation des rêves, et le récit de vie, l’Analysant apprend à donner du sens à son existence, à comprendre ses fonctionnements et à adopter une posture d’introspection. En effet, dans la cure se réactualisent les traumas, et on peut donc travailler sur eux.

L’analyse est le temps fort du travail psychologique : c’est encore Pierre Janet qui, au XIXème siècle, forgera le terme « subconscient ». Au contraire de Freud (qui se réappropriera les concepts de la Psychologie) qui voit grossièrement dans l’« Inconscient » le réservoir de pulsions sexuelles refoulées, Janet considère que le subconscient correspond aux processus psychiques non-accessibles au sujet conscient ; par sa constatation de l’existence d’actes automatiques chez des patients, il en déduit l’existence de processus à l’origine d’une conscience plus rudimentaire que celle d’une personne « normale ». Il sera l’un des premiers à conceptualiser différents niveaux et degrés de conscience, allant jusqu’à un stade de « subconscience ». Les sciences cognitives et neurologiques abonderont dans ce sens.
On pourrait ainsi isoler plusieurs fonctions au subconscient :

  1. Tout d’abord le cerveau gère, sans qu’on en ait conscience, nos fonctions biologiques. De même certains processus neurologiques ou cognitifs sont majoritairement subconscients. On ne gère pas consciemment notre transpiration ou notre température corporelle par exemple.
  2. Le subconscient ensuite serait un réceptacle de symboles et images. Jung parle d’Archétypes pour qualifier cette dimension symbolique de la psyché.
  3. Le subconscient enfin serait le lieu de croyances et idéaux, issus de l’éducation, de la culture nationale ou des comportements conçus comme normaux ; il s’agit aussi de désirs refoulés, de croyances limitante… qui nous influencent au quotidien sans qu’on s’en aperçoive. C’est aussi là que le travail analytique intervient.

L’analyse, selon Janet, est ainsi une méthode visant à comprendre les tendances d’une personne et leur degré de réalisation, degrés liés à la capacité d’agir de l’individu. La différence entre les buts d’une personne et leur réalisation est comblée, de façon simulée, par l’intériorité (via l’imagination par exemple) et le langage ; dans le cas de pathologies, d’après Janet, le psychisme isolerait certaines fonctions mentales dans le subconscient, fonctions qui, par leur absence dans la vie quotidienne ou par leur resurgissement incontrôlé, provoqueraient le trouble.
Elle nécessite une connaissance approfondie de l’histoire et de la personnalité de la personne. C’est pour cela qu’on procède en premier lieu à l’Anamnèse qui consiste à prendre connaissance de la biographie de l’individu ; on considère qu’il existe trois buts à l’analyse : tout d’abord la diminution (ou la cessation) des symptômes par la conscientisation des processus internes de la personne. Ensuite la réassociation des fonctions dissociées au Moi, et enfin la consolidation des forces

Ma vision : entre science et symbole

Personnellement, j’ai développé une vision intégrative qui mêle à la fois les progrès des sciences cognitives et de la neuroscience, avec des conceptions issues de Jung et ses disciples.

Un soubassement cognitiviste

Analyse et connaissance scientifique
Etude anatomique, Léonard de Vinci circa 1510

Comme nous l’avons dit précédemment, le subconscient a un versant organisationnel qui est très étudié par les sciences cognitives : Piaget a conceptualisé par exemple les processus d’assimilation et d’accommodation, désignant respectivement l’acquisition des connaissances, et le changement du mode de fonctionnement ; c’est dans la tentative d’équilibration de ces deux postures que viendrait le développement cognitif de l’homme. Les modes de traitement (discursif ou non-verbale) de l’information et en général les fonctionnements des processus psychiques sont en grande partie subconscients et innés : Clark Hull et Edward Tolman seront les premiers à qualifier de « boite noire » le traitement ayant lieu entre la stimulation du sujet et sa réaction.
Les avancées des théories de l’information, l’arrivée de l’informatique et de la cybernétique, ont permis de schématiser ces fonctionnement, et d’étayer les théories par les découvertes des neurosciences.
Les différents types de mémoire furent ainsi décortiqués par exemple selon le schéma modaliste donné par Atkinson et Shiffrin : il s’agit du registre sensoriel, de la mémoire à court terme (dite mémoire de travail) et de la mémoire à long terme. Chacune de ces instances sera étudiée et décomposée par des recherches successives.

La psychanalyse est indissociable d’un travail d’éducation de l’individu ; ce dernier doit apprendre peu à peu à isoler ses émotions, à comprendre la différence entre celles-ci et les sentiments, qui sont des représentations mentales et jugements qu’il appose sur les émotions, et enfin à analyser ses croyances conscientes et héritées.
Le travail d’analyse consiste ainsi à dresser un schéma (dont le but est utilitaire et non descriptif, la carte n’étant pas le territoire) du fonctionnement de la personne pour lui permettre de conscientiser ses fonctionnement et de les influencer ; si le soubassement théorique de cette démarche est issue des sciences contemporaines, il est présenté à l’individu de façon simplifiée et symbolique pour lui permettre d’intégrer cette structure de façon harmonieuse et personnelle.

L’analyse d’orientation jungienne

Peinture de Dali avec des tigres, une femme nue, un éléphant. Analyse et onirisme
Rêve (…), Salvador Dalí, 1944

Originellement, le terme symbole, issu du Grec, désigne un contrat sous la forme d’une faïence en deux parties, ce qui permet d’identifier le cocontractant : le morceau de tablette ou le tesson ne peut être accolé qu’à sa moitié ; le symbole est donc, en premier lieu, l’assemblage entre deux choses qui forment un tout. Concrètement le symbole est l’union d’un signifiant (un son ou phonème, une image, un objet sensible, un fait ou un élément naturel…) avec un signifié ; ce sens donné peut être lié à une ressemblance du signifiant avec la signification qui lui est donnée, ou à une convention arbitraire.
On pourrait ainsi voir le symbole comme le troisième tiers entre le percept et le concept : le symbole est un concept rendu « visible » par le biais d’un support perceptible.
En ce sens le langage, moyen principal utilisé par la psychanalyse, est le vecteur principal des symboles. A chaque phrase on use d’images et allégories, de métaphores et d’analogies inconscientes. C’est ainsi qu’on parlera d’un dirigeant comme d’un chef (du latin caput « tête » par analogie avec la tête qui commande le corps), qu’on qualifiera une idée de lumineuse quand celle-ci est intelligente, tandis qu’on la dira obscure quand elle ne nous semble pas compréhensible. Le symbole est ainsi, à l’origine, l’apposition d’une image issue de la nature à un concept ou une idée par analogie.
Il est donc impossible de se soustraire au symbole ; il est à la base de la culture humaine, et chaque œuvre artistique en est une expression. Il est toujours d’actualité, ses formes changeant avec le temps.
Ainsi, au sein de la psychanalyse, on utilisera les grandes images et symboles archétypaux indo-européens pour aider l’individu à conscientiser ce qui advient en lui ; la perte de sens, liée aux mutations rapides des sociétés contemporaines, et la disparition progressive des rites et cérémonies sont parfois à l’origine d’un mal-être.

Carl Gustav Jung, après avoir été un disciple de Freud, s’écartera de ses théories et développera une idée bien différente du subconscient : inspiré par la vision de Shopenhauer et les conceptions philosophiques traditionnelles de l’Europe, il verra dans le subconscient une « énergétique psychique » ayant un versant individuel (réceptacle des complexes de l’individu) et collectif (lieu des archétypes communs à une famille, un peuple ou à toute l’humanité). Le rêve serait ainsi la « voie royale » menant à l’inconscient.
Puisque nous nous développons petit à petit, passant de le déconstruction relative du nouveau né pour atteindre le fonctionnement organisé de l’adulte, Jung considère que le subconscient est ce qui fait advenir la conscience et non l’inverse ; les deux instances sont indissociables, leurs frontières sont ténues et elles s’entre-influencent. Le Moi/Je ne serait ainsi qu’un complexe correspondant à la fonction adaptative de la psyché.


Si Freud a apporté beaucoup à l’étude de la Psyché, beaucoup de ses présupposés, l’Œdipe en premier lieu, sont très discutables, voire du domaine des dogmes religieux. Je rejette personnellement la plupart des interprétations psychanalytiques Freudiennes et Lacaniennes, et je m’oppose à tout système de croyance en matière d’analyse en général. A mon sens la première fidélité qu’un analyste doit avoir est envers l’analysant, pas le fondateur de l’école psychanalytique auquel il se rattache : les formes de la cure doivent ainsi se mouvoir en fonction des besoins. La psychanalyse a été faite pour l’homme et non l’homme pour la psychanalyse pourrait-on dire.

Je conseille la lecture du Livre noir de la psychanalyse de Didier Pleux, Jean Cottraux et Mikkel Borch-Jacobsen : s’il convient de garder son esprit critique, beaucoup des attaques contenues dans cet ouvrage sont justifiées. En effet, le rythme classique de 3 séances minimum par semaine, l’attention flottante demandée à l’analyste, les conceptions autour de l’Œdipe (beaucoup critiqué par Jean-Pierre Vernant, Claude Levi-Strauss, et notamment aussi par les milieux féministes) sont autant d’éléments éloignés de ma conception de la cure. L’idée de sexualité infantile est plus que discutable, surtout quand on lit les interprétations à ce sujet de beaucoup de freudiens. L’analyse ne devrait pas être réservée aux personnes aisées, et la visio me semble un très bon moyen de permettre à tous, où qu’ils habitent, de suivre une cure.


Et vous, avez-vous déjà suivi une psychanalyse ou avez-vous des a priori sur ce sujet ? Parlons-en en commentaire !

Si vous voulez mettre en place une cure psychanalytique, n’hésitez pas à me contacter ! Je serais heureux de vous accompagner !

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